mardi 14 août 2012

Patrimoine de Cricqueboeuf au XIXe siècle

Voici une description de Cricqueboeuf par M. Arcisse de Caumont dans sa Statistique Monumentale du Calvados, Tome 4 (1862):CRIQUEBŒUF (1).

Criquebœuf, Criquebeuf, ecclesia de Corquebato.

A quelque distance de la mer s'élève l'église romane de Criquebœuf, dont la construction remonte au XIIe. siècle.
Les murs sont, en grande partie, couverts de lierre et d'un effet pittoresque. Près de là est un étang dont les eaux limpides font mouvoir un moulin situé un peu plus loin.
Le chœur, composé de deux travées, est éclairé par des fenêtres étroites dont la forme élancée annonce la transition du plein-cintre à l'ogive. Il se termine, à l'orient, par un chevet droit percé d'une fenêtre à plein-cintre , plus large. Deux contreforts peu saillants, placés aux extrémités, soutiennent le mur. Les arceaux toriques qui supportent la voûte d'arête retombent sur de riches chapiteaux, en forme de culs-de-lampe, dont le tailloir est décoré de feuillages profondément fouillés. Une tête de femme , artistement sculptée , supporte la corbeille.
Des trois travées qui composaient la nef, une seule a été conservée. Cette travée est éclairée, au nord, par une fenêtre étroite à plein-cintre, semblable à celles du chœur. Les deux autres travées, démolies lors de la confection du chemin de moyenne communication de Trouville à Honfleur, étaient éclairées, du même côté, par des fenêtres semblables aux précédentes; celles du midi étaient carrées et dataient probablement du XVIe. siècle. La porte, de forme ogivale, est entourée d'une moulure torique composée de fragments de tores provenant de la voûte d'arête de la nef. Les trois têtes sculptées incrustées dans le mur, au-dessus de la porte, servaient de supports aux arceaux.
Dans les fondations de la partie de la nef qui a été démolie , on a trouvé des médailles qui remontent, dit-on, à la fin du XIIe. siècle. L'époque de la fabrication de ces monnaies concorderait parfaitement avec celle que nous avons assignée à la construction de cet édifice, dont le style annonce la transition du plein-cintre à l'ogive.
On distingue encore sur les murs, à l'intérieur de l'église, les vestiges d'une litre funèbre qui présente deux écussons accolés, surmontés d'une couronne de comte ; le 1er., de gueules à 3 fermaux d'or en forme d'un M antique. Il est probable que cet écusson est celui de François Mallet, écuyer, sieur de Criquebœuf, que l'on trouve dans l'Armorial général de d'Hozier, accolé à celui de sa femme, Gabrielle Langlois Du Guesclin, lequel portait : d'argent à l'aigle éployée de gueules, à la bande de même sur le tout.
La tour, placée au midi, près du chœur, se termine par un toit en bâtière. Cette tour, qui date du même temps que l'église, est tapissée dans toute sa hauteur par un lierre vigoureux , dont les nombreux rameaux remplissent toutes les jointures des pierres qu'ils étreignent avec force.
L'ancienne cloche, aujourd'hui placée dans la tour de l'église de Villerville, a été fondue en 1742. Elle porte l'inscription suivante :

NOMMÉE PAR MESSIRE ABEL TOVSSAINT DE THIVILLE CHEVALIER COMTE DE BAPAVLMES SEIGNEVR ET PATRON DE CRIQVEBOEVF ET PAR NOBLE
DAME MARIE CHARLOTTE DE MALORTIE DAME ET PATRONNE DE MANNEVILLE LA RAOVLT.

ELEEMOSINIS PVBLICIS ET CVBA LVDI ( LVDOVICI ) BETAN CVRATI.

L'église de Criquebœuf, classée au nombre des monuments historiques, est entièrement construite en travertin , pierre très-poreuse , produite par des dépôts calcaires que forment les eaux de la contrée.
On peut observer encore à peu de distance de l'église un gisement considérable de travertin, indiqué dans ma Topographie géognostique du Calvados, que les sources de la vallée continuent à former. Ces sources couvrent encore aujourd'hui les mousses et les plantes d'une croûte calcaire, plus ou moins épaisse, qui leur donne l'apparence de pétrifications ; mais leur puissance incrustante a considérablement diminué.
Le travertin était généralement employé pour la construction des églises aux XIe. et XIIe. siècles. M. l'abbé Cochet a remarqué que, dans la Seine-Inférieure, l'emploi de cette pierre avait sensiblement diminué dans la seconde moitié du XIIe. siècle.
Ce changement dans le système de construction doit venir de l'épuisement des carrières de travertin, ou de leur appauvrissement.
L'usage du travertin a été très-considérable dans le canton d'Honfleur, au XIIIe. siècle et même au XIVe.
La commune de Criquebœuf, qui forme la limite occidentale du canton d'Honfleur, est réunie, pour le spirituel, à celle de Villerville.
L'église St.-Martin de Criquebœuf était placée, au XIVe. siècle , sous le patronage du seigneur ; aux XVIe. et XVIIIe. siècles, elle dépendait du chapitre de Cléry.
Sur le territoire de cette commune s'élève, dans un site plein de poésie, le chalet de M. Guttinguer, l'un des rédacteurs de la Gazette de France. Des allées, bordées de rhododendrons et d'azalées, entourent cette charmante habitation, située sur la limite septentrionale de la forêt de Touques. La vue maritime que l'on découvre de ce point élevé, qui commande l'embouchure de la Seine et le port du Havre, est ravissante; c'est un des plus splendides panoramas du littoral normand.

Criquebœuf dépendait de l'élection de Pont l'Évêque et de la sergenterie de Touques; on y comptait 2 feux privilégiés et 19 feux taillables.

(1) Notes par M. V. Pannier.

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